19/11/2006

Chute mortelle ... silence on creuse

icare

17 mai 2006 - Chute mortelle.
tiré du feu carnet d'un inspecteur - BERENO

la simple et dure réalité des mots

 

Lorsque j’arrive sur les lieux de l’accident, le corps de l’ouvrier a été transporté à l’hôpital. Quelques traces de sang situent l’impact du corps sur le sol. Je lève les yeux vers le toit pour apprécier la hauteur de la chute : dix mètres environ. Je fais le tour du bâtiment pour noter le matériel utilisé : une grande échelle déployée sur la façade permet d’accéder sur le toit . Sur chaque pan, une échelle de couvreur est fixée à plat.

Je rejoins, dans une salle de la mairie, le patron monsieur K.qui est arrivé quelques minutes avant moi et monsieur B. le compagnon de travail de l’ouvrier décédé. Je recueille le témoignage du salarié sur les circonstances de l’accident qui a coûté la vie à son collègue.

Malgré un légère bruine qui tombe ce matin là,ils devaient remplacer quelques ardoises détériorées, rien de plus. Moins d’une heure de travail. L’échelle est rapidement déployée contre le mur et les échelles de couvreur fixées sur la toiture.

Les deux ouvriers remplacent les ardoises sur le versant Est. Puis, même opération côté Ouest. Soudain, un cri. Monsieur B. tourne la tête vers son collègue qui travaille deux mètres plus bas. Il voit celui-ci basculer en arrière, dévaler le toit rendu glissant par la fine pluie. Le malheureux tente de se raccrocher à l’échelle, à la gouttière...en vain. Le corps disparaît dans le vide.

Monsieur B. me confirme : ils travaillaient sans harnais de sécurité. "Pour si peu de temps à passer sur le toit".

Le patron ne leur a pas dit , ce matin, lors du départ du siège de l’entreprise, de prendre ces équipements de protection contre les chutes de hauteur. Il leur a simplement dit de faire attention, à cause de la pluie. Il s’inquiète sur son sort monsieur K. Faut dire qu’il n’est pas inconnu des services de l’inspection du travail. A plusieurs reprises, sur divers chantiers, il a été rappelé à l’ordre. Il a plusieurs arrêts de chantier à son actif pour avoir exposés ses salariés à un risque de chute de hauteur. Cela n’a pas suffi à le sensibiliser à la sécurité de son personnel.

J’informe monsieur K.que je vais dresser un procès-verbal qui sera transmis au Procureur de la République. Un jugement viendra plus tard.

Épilogue : Quelques mois plus tard, Monsieur K. sera jugé et condamné à une lourde peine d’amende et à de la prison avec sursis. Il fera appel, mais la Cour d’Appel confirmera le jugement du Tribunal Correctionnel. Aujourd’hui, l’entreprise n’existe plus.

17 mai 2006

15:33 Écrit par CoordiWeb dans Chantier | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chute, reflexion, accident |  Facebook |